Henri Weber, directeur des études européennes auprès du Premier secrétaire
Henri Weber, directeur des études européennes auprès du Premier secrétaire

Le libéralisme est-il de gauche ? (Publié le 3 octobre 2015 sur le site de l’Obs)

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Le libéralisme est-il de gauche, comme le prétend Emmanuel Macron ? Les libéralismes politique et sociétal, sans aucun doute. Mais le libéralisme économique, revendiqué et illustré dans leurs derniers livres et discours par François Fillon, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, certainement pas !

Le libéralisme, en effet, est un mot-valise, qui recouvre des contenus différents. Il y a le libéralisme politique, doctrine née au XVIIème siècle et qui s’efforce de répondre à la question : « Comment être gouvernés sans être opprimés ? Comment garantir les individus contre l’arbitraire des gouvernants et des puissants ? ». La réponse, bien connue, est : l’Etat de droit, la division et la séparation des pouvoirs, le respect des droits de l’homme et du citoyen, la démocratie.

Les socialistes se tiennent en première ligne dans la lutte pour la défense et l’extension des droits et libertés des individus. Sur le plan politique, ils sont des libéraux, et même, parfois, des ultra-libéraux !

Il y a, en second lieu, le libéralisme culturel ou sociétal, qui s’efforce d’émanciper les individus du joug de la Tradition et de la Religion. Là aussi, les socialistes se tiennent au premier rang. Leur dernière conquête en date, s’inscrivant dans une longue série, est « le mariage pour tous ».

Il y a aussi le libéralisme économique. S’il s’agissait seulement d’une doctrine défendant les droits et les libertés économiques -liberté d’entreprendre, de gérer, d’échanger; droits de propriété…-, dans le cadre du respect de la loi et des contrats, les socialistes seraient sans doute également libéraux sur le plan économique.

Mais il s’agit en réalité de beaucoup plus que de cela. Le libéralisme économique, c’est l’idéologie de la « main invisible du marché » et de ses mystérieux tours de passe-passe. Celle-ci repose sur trois postulats, réfutés par la théorie et démentis par l’Histoire :

Le libre jeu de l’offre et de la demande dans un marché concurrentiel, dit le premier, permet la meilleure allocation des ressources, la croissance la plus forte, le taux d’emploi le plus élevé, en un mot, la réalisation au plus près de l’intérêt général.

Les marchés sont dotés de surcroît, dit le second, d’une vertu auto-régulatrice : quand il leur arrive de se tromper, ils redressent rapidement leurs erreurs, contrairement aux politiques.

En conséquence, concluent les tenants du libéralisme, c’est le troisième postulat, il faut étendre les lois du marché et les rapports marchands au maximum de secteurs d’activité.

C’est pourquoi les libéraux veulent toujours moins d’Etat, moins d’impôts, moins de charges… Ils ne sont pas partisans d’une économie sans règles, ils sont pour substituer des règles libérales aux règles social-démocrates conquises par le mouvement ouvrier. On les a vus à l’œuvre aux Etats-Unis sous Ronald Reagan ; en Grande-Bretagne, sous Margaret Thatcher, et à nouveau aujourd’hui sous David Cameron ; au FMI et à la Banque mondiale, au temps du « Consensus de Washington », avec le succès que l’on sait.

Cette idéologie est sortie complètement discréditée de la grande Dépression des années 30. Le keynésianisme sous toutes ses nuances lui a ravi le haut du pavé. Mais elle a fait un retour en force à la fin des années 1970 et s’est imposée comme idéologie dominante. On a appelé cela « la contre-révolution conservatrice ».

Les socialistes français, ne partagent pas cette idéologie et ne pratiquent pas ces politiques. Sur le plan économique, ils ne sont pas des libéraux, ni même des sociaux-libéraux, mais des sociaux-démocrates. Ils sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché : une économie de libre entreprise, régulée par l’action de la puissance publique et des partenaires sociaux. Une économie mixte combinant un secteur privé marchand, des services publics puissants et un tiers secteur d’économie sociale.

Leur conviction a été condensée par Lionel Jospin, en 1998. «  Nous sommes pour une économie de marché, mais contre une société de marché », proclamait-il à l’Université de La Rochelle. Ce qui veut dire que nous voulons favoriser l’initiative, l’innovation, l’esprit d’entreprise, la création d’entreprise et leur développement, car le socialisme doit se préoccuper de la production des richesses, et pas seulement de leur redistribution. Sans croissance, il n’y a pas de redistribution possible.

Mais en même temps, – et c’est en cela que nous sommes contre la société de marché -, nous voulons rénover et développer les services publics, assurer un haut niveau de redistribution sociale, limiter le champ de la marchandisation en France et dans le monde, restituer au pouvoir politique et syndical, en construisant l’Europe, la puissance que la mondialisation leur a fait perdre.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1430884-le-liberalisme-une-valeur-de-gauche-pas-sur-le-plan-economique-emmanuel-macron-a-tort.html

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